Association Aougdal pour le developpement et la coopération

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mardi 17 juin 2008

Le tissu associatif de Tafraout en quête d'un second souffle

Commune rurale de Tahala près de la ville de Tafraout. Sur la cime d'une montagne pointe un minaret. C'est le village d'Azour N'aît Lahes. Un douar presque inaccessible à cause de sa route serpentant dangereusement une montagne escarpée. Pourtant, une lignée de gros poteaux électriques arpente à perte de vue la longue traversée de ce massif sédimentaire.Le village a été raccordé au réseau électrique dans le cadre du programme national du PERG, il y a déjà plusieurs années. «C'était presque un pari improbable au début», nous lance un septuagénaire. L'association du village y est pour beaucoup. Elle a largement financé ce projetvia le paiement d'une lourde quote-part. Une contribution dont le montant avoisine un million de DH.

Pas très loin, dans la vallée des Amelnes, la piste qui mène au douar d'Anirgui sillonnent les collines du Jbel El Kasst. Elle est désormais complètement bétonnée. Une demi-heure suffit pour parcourir ce trajet de 12km. Le projet a été réalisé par le biais d'un partenariat entre l'association d'Anergui, la délégation provinciale du ministère des Travaux Publics et l'Agence de développement du Sud. Son coût s'élève à pas moins d'un million de DH. A Imjjad, les associations locales se sont défoncées pour trouver une solution au problème de l'eau potable. Leur projet a permis d'alimenter une vingtaine de villages en cette denrée qui se fait de plus en plus rare.

L'Etat a mis la main à la poche en collaboration avec les autres partenaires pour financier l'une des opérations d'envergure d'approvisionnement en eau potable de la régionpour une bagatelle dépassant 1.2 million de DH.

C'est dire l'importance de ces opérations visant à renforcer l'ossature des infrastructures de base locales. La mobilisation des entités associatives focalise sur le souci de désenclavement de cette contrée montagneuse marginalisée.

Rétrospectivement, le mouvement a été initié et encouragé par l'Etat au milieu de la précédente décennie. Le pays avait besoin d'un partenaire pour mener à bien sa politique de développement. C'est dans la foulée de ces contraintes que le mouvement associatif tafraouti a éclos. Donnant ainsi l'occasion à un foisonnement de ces organismes. Mais ce boom associatif a autant brillé par ses premières actions que son relatif effacement depuis lors. Menés avec une grande ardeur, les projets initiés par le mouvement, n'ont pas démenti les ambitions affichées.

Selon des études menées par Norra Ennah, universitaire à Agadir, 33% des associations en question avaient pour but de participer au développement de la région alors que 17% d'entre elles préféraient concentrer leur action sur la mise en place d'infrastructures de base. Celles afférentes au culturel et au social, le tourisme, l'agriculture, l'encadrement sanitaire et la protection de la femme et enfants ruraux, se taillent respectivement 15%, 10%, 10%, 8% et 2%du total. Près d'une décennie écoulée, voici le résultat: 39% des réalisations sont allées aux infrastructures de base, 19% aux services sociaux, 9% pour les services culturels. Le tourisme et l'agriculture s'accaparent chacun 16 et 17%.

Quant à l'enveloppe budgétaire afférente aux investissements du tissu associatif de la région, elles sont estimées à près d'une dizaine de millions de DH en l'absence de statistiques officielles pertinentes.

Les prémisses d'un essoufflement de plus en plus tangible pointent du nez. Une fois réalisés les raccordements à l'eau potable et au réseau électrique et l'aménagement des routes, , le collectif associatif se pare, à quelques exceptions près, des tics de la paresse !.Ainsi, regrette M. Saîidy, acteur associatif local,nombreuses sont aujourd'hui les associations qui n'hésitent pas à croupir dans l'immobilismetotal. Les plus actives des associations préfèrent, pour leur part, entrer en hibernation l'année durant pour ne reprendre vie qu'au mois d'août; période de retour de la diaspora établie dans les différentes métropoles du Royaume et à l'étranger.

En quoi consistent désormais leurs activités, si activités il y a ?. «Ces entités se chargent de l'organisation des Moussem N'rma, rites, qui consistent en l'immolation de vaches et en l'organisation de ripailles collectives, en sus de la collecte d'argent pour s'acquitter des traitements mensuels du fkih du village», ironise la même source. Du coup, des foyers féminins ont été fermés, des fontaines d'eau taries et des projets d'élevage et de plantation abandonnés.

Les raisons de cet abandon sont nombreuses et diverses. Le manque de concertation et l'«ostracisation» qui visent les populations cibles des projets initiés interviennent en premier ordre pour expliquer cet état de choses. 40% des membres des bureaux de ces associations sont absents de la région presque toute l'année en raison de la migration intense que connaît la région. D'où l'exclusion des populations locales de l'élaboration des projets escomptés. Ces derniers se trouvent donc initiés par des personnes ignorant les besoins et les vrais projets pouvant susciter l'adhésion des habitants. D'autre part, on trouve que ces habitants locaux sont parfois sciemment négligés lors de la confection des projets qui leur sont destinés.

Les membres des bureaux associatifs méprisant leur apport puisqu'ils appartiennent souvent aux couches démunies. L'étude menée par Norra Ennah corrobore ce triste constat. 6,67% seulement des habitants locaux participent à la phase d'élaboration des projets alors que 66,67% d'entre eux le font au niveau de l'exécution et que 27,67% en sont complètement exclus. Autre facteur agissant dans le même sens: un nombre important d'associations pâtit de la non-qualification de son personnel dirigeant. La bonne gestion des divergences qui éclatent au sein de ces associations, le plus souvent à cause de l'absence de démocratie interne trahissant des quêtes du pouvoir, s'en ressent. Ce qui n'est pas sans engendrer des tiraillement et mésententes entre les membres. A cela s'ajoute le manque de coordination entre ces associations. «Le chacun pour soi a fait que ces entités travaillent séparément en vase clos. Avec des moyens du bord qui ne peuvent pas mener très loin dans la réalisation des ambitions affichées!», se désole M. Saîidy.

Plus grave encore, l'autre difficulté qui consiste en l'existence, dans certains villages, de plus de deux associations. Un état de fait qui découle le plus souvent de dissensions pour cause de différends entre les membres. Ce qui n'est pas sans semer le scepticisme au sein des populations bénéficiaires et engendrer la dispersion inéluctable des efforts et des énergies. Ce problème renvoie justement à un autreayant trait aux ressources. Surtout lorsqu'on sait que 63% des associations comptent seulement sur leurs propres moyens et que 13,33% s'en procurent dans le cadre de partenariats avec les organismes étrangers. Le manque d'études de faisabilité et de viabilité de la plupart des projets initiés conduit à l'échec de certains d'entre eux. D'autre part, la majeure partie de ces projets concerne davantage les infrastructures de base et néglige les projets générateurs de revenus.

D'où le fait que les bénéficiaires des projets initiés n'hésitent pas à dire qu'ils ne servent, en fin de compte, que les intérêts personnels des membres des bureaux des associations locales. Lesquels ne se soucient que de leur propre confort vu que les opérations d'approvisionnement en eau potable, de raccordement au réseau électrique, de creusement de pistes et de revêtement de routes sont conçus pour permettre à leurs initiateurs de passer de bonnes vacances lors de leur retour estival à leurs villages. Le problème de la migration vers les espaces urbanisés, constitue également une entrave à l'action associative. Ceci d'autant plus qu'elle réduit l'apport du partenaire-bénéficiaire primordial de la réussite de leurs actions.

Sce: liberation

Posté par elyazidi lyazid à 12:37 - Commentaires [0] - Permalien [#]

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